Mais tout ça, c’est de la confiance en soi, non ? »
Eh bien… pas exactement.
Depuis longtemps, l’estime de soi et la confiance en soi sont souvent confondues. Et il faut dire que dans la vie quotidienne, nous utilisons facilement l’expression « manque de confiance » pour parler de situations très différentes.
Quelqu’un est complexé par son physique ? Il manque de confiance. Quelqu’un n’ose pas prendre la parole ? Il manque de confiance. Quelqu’un est très stressé dans certaines situations ? Il manque de confiance. Quelqu’un est réservé ou introverti ? Il manque sûrement de confiance.
Bref, le « manque de confiance » semble parfois être devenu l’explication universelle dès que l’on doute un peu de soi.
Pourtant, estime de soi et confiance en soi ne désignent pas exactement la même chose.
Alors, quelle est la différence ?
La confiance en soi : une notion situationnelle
Commençons par la confiance en soi.
La confiance en soi correspond à la croyance que nous avons en nos capacités à agir ou à réussir une tâche.
Elle est donc principalement liée à l’action. Et surtout, elle est situationnelle.
Cela signifie que nous ne sommes pas simplement « confiants » ou « pas confiants ». Nous pouvons avoir confiance en nous dans certains domaines et beaucoup moins dans d’autres.
Vous pouvez, par exemple, être parfaitement à l’aise sur un terrain de tennis parce que vous pratiquez depuis des années… et perdre tous vos moyens si l’on vous demande soudainement de faire un discours devant cinquante personnes.
Vous n’êtes pas devenu une personne « sans confiance en vous » entre les deux.
Vous êtes simplement plus à l’aise dans une situation que dans une autre.
L’estime de soi : la valeur que l’on s’accorde
L’estime de soi, elle, concerne quelque chose de différent.
L’estime de soi correspond à la valeur que nous nous accordons en tant que personne.
On pourrait donc résumer les choses très simplement :
🌿 ESTIME DE SOI
« Je reconnais ma valeur »
✨ CONFIANCE EN SOI
« Je me sens capable »
On peut avoir confiance en soi… et une estime de soi fragile
Prenons un exemple.
Imaginez un joueur de tennis qui pratique depuis des années.
Il entre sur le terrain parfaitement serein. Il connaît son sport, maîtrise ses gestes et sait qu’il est capable de bien jouer.
Sur ce terrain, il a donc une bonne confiance en ses capacités.
Mais voilà qu’il tombe sur un adversaire encore meilleur que lui… et il perd.
Et là, changement d’ambiance.
La raquette finit par voler, quelques insultes fusent — principalement dirigées contre lui-même — et notre joueur se retrouve soudain à penser :
« Je suis vraiment nul. Je ne suis pas à la hauteur. Je ferais mieux d’arrêter. »
Que s’est-il passé ? Sa confiance dans ses capacités a effectivement été mise à mal par la défaite.
Mais surtout, il transforme un résultat ponctuel en jugement sur sa propre valeur.
Il ne pense plus simplement : « J’ai perdu ce match. »
Il en conclut : « J’ai perdu, donc je suis nul. »
Avec une estime de soi plus solide, il pourrait plutôt se dire : « J’ai perdu ce match. Mon adversaire était meilleur aujourd’hui, j’ai fait de mon mieux et ça ne change rien à ma valeur. »
Perdre un match reste alors… un match perdu. L’échec concerne ce qu’il a fait. Il ne devient pas une définition de ce qu’il est.
On peut aussi avoir une bonne estime de soi… et manquer de confiance.
Mais le mouvement peut fonctionner dans l’autre sens.
Imaginez maintenant que vos amis vous proposent un karaoké.
Vous pouvez être plutôt bien dans vos baskets, connaître vos qualités, accepter vos défauts et ne pas remettre votre valeur en question.
Mais lorsqu’on vous tend le micro :
« Moi ? Chanter devant tout le monde ? Certainement pas. Je vais massacrer cette chanson. »
Vous pouvez donc manquer de confiance en votre capacité à chanter, sans pour autant penser que vous êtes une personne nulle.
Et si votre prestation ressemble effectivement davantage à un appel à l’aide qu’à une performance musicale, vous pouvez très bien en rire et vous dire :
« Bon… clairement, The Voice, ce ne sera pas pour cette année. »
Vous pouvez reconnaître :
sans en conclure :
Et c’est justement là que se trouve une différence essentielle :
Vous pouvez douter de votre capacité à faire quelque chose sans douter de votre valeur en tant que personne.
Et si je manque de confiance dans beaucoup de situations ?
C’est une question intéressante.
Si la confiance en soi est situationnelle, cela signifie aussi qu’elle peut être plus ou moins développée selon les domaines de notre vie.
On peut être très à l’aise professionnellement et perdre ses moyens dans les relations amoureuses.
Être parfaitement capable de prendre une décision au travail et avoir beaucoup de mal à exprimer ses besoins dans sa vie personnelle.
Être à l’aise avec ses amis mais paniquer lorsqu’il faut parler devant un groupe.
Cela ne signifie pas nécessairement que l’on « manque de confiance en soi » de manière générale.
Il peut être plus intéressant de se demander :
« Dans quelles situations est-ce que je doute de mes capacités ? »
et surtout :
« Qu’est-ce que je me raconte lorsque je doute ? »
Car deux personnes peuvent vivre exactement la même situation et ne pas en tirer les mêmes conclusions.
L’une peut se dire :
« Je ne suis pas très à l’aise pour parler en public. Je peux m’entraîner »
Dans le premier cas, le doute porte sur une compétence.
L’autre peut se dire :
« Je suis incapable de parler devant les autres. Je vais forcément être ridicule »
Dans le second, il commence à toucher l’image que la personne a d’elle-même.
C’est notamment à ce moment-là que confiance en soi et estime de soi peuvent commencer à s’entremêler.
Estime de soi et confiance en soi : deux notions différentes, mais liées
Même si elles ne désignent pas la même chose, l’estime de soi et la confiance en soi peuvent s’influencer mutuellement.
La confiance en soi nous aide à passer à l’action.
Lorsque nous pensons être capables de faire quelque chose, nous sommes davantage susceptibles d’essayer, d’expérimenter et de sortir de notre zone de confort.
Et c’est en expérimentant que nous apprenons.
Nous pouvons réussir, progresser, découvrir de nouvelles compétences… mais aussi échouer et constater que, finalement, nous sommes capables de survivre à un échec.
Toutes ces expériences peuvent progressivement renforcer notre confiance :
« J’ai réussi. » « J’ai osé. » « Je ne pensais pas en être capable, et pourtant j’y suis arrivée. » « Je me suis trompée, mais je m’en suis sortie. »
Mais l’estime de soi peut également jouer un rôle important.
Lorsque je ne fais pas dépendre toute ma valeur du résultat, il devient plus facile d’oser.
Si je sais que je resterai une personne valable même si j’échoue, prendre un risque devient moins menaçant.
Je peux alors me dire : « Je ne suis pas certaine d’y arriver, mais si j’échoue, ce n’est pas grave. Cela ne dira pas tout de moi. »
Et cette manière de penser peut m’aider à passer à l’action.
J’essaie. J’expérimente. J’apprends. Je développe mes compétences. Et, petit à petit, ma confiance en mes capacités peut augmenter.
On peut donc schématiser les choses de la manière suivante :
Bonne estime de soi → j’ose davantage → je passe à l’action → j’expérimente et j’apprends → je développe mes capacités → ma confiance augmente → j’ose encore davantage.
À l’inverse, le cercle peut aussi fonctionner dans l’autre sens :
Je doute de moi → j’ai peur d’échouer → j’évite ou je n’ose pas essayer → je n’ai pas l’occasion d’expérimenter → je reste dans le doute.
Alors, faut-il avoir confiance en soi pour oser ?
Pas nécessairement.
On imagine souvent qu’il faudrait d’abord avoir confiance en soi pour passer à l’action.
Comme s’il fallait attendre de se sentir prêt, capable et suffisamment sûr de soi avant de se lancer.
Mais dans la réalité, cela ne fonctionne pas toujours comme ça. Parfois, la confiance vient justement après l’action.
Je peux avoir peur de prendre la parole et décider malgré tout d’intervenir.
Je peux avoir peur de faire une erreur et essayer quand même.
Je peux ne pas être certaine de réussir et tenter ma chance.
Et une fois que je l’ai fait, je peux découvrir : « Finalement, j’en étais capable. »
Ou même : « Je n’ai pas réussi comme je l’espérais, mais je m’en suis sortie. »
Cette expérience devient alors une nouvelle information pour mon cerveau.
Je ne suis plus seulement en train de penser que je pourrais être capable : je viens de faire l’expérience que je peux l’être.
C’est notamment pour cela que, dans certaines situations, attendre de « prendre confiance » avant d’agir peut nous maintenir dans l’attente.
Finalement, quelle différence retenir ?
Si vous deviez retenir une seule chose, ce serait peut-être celle-ci :
L’estime de soi concerne la valeur que je m’accorde en tant que personne. Si cette notion vous intrigue toujours, je vous en parle plus en détail dans l’article : « L’estime de soi : définition et ce que ça change vraiment ».
La confiance en soi concerne davantage la croyance que j’ai en mes capacités à faire quelque chose.
Je peux donc :
- avoir confiance dans mes compétences professionnelles mais avoir une estime de moi fragile ;
- avoir une bonne estime de moi mais manquer de confiance dans une situation particulière ;
- douter de mes capacités sans remettre en question ma valeur ;
- échouer sans considérer que cet échec dit qui je suis.
Je peux ne pas savoir faire quelque chose sans être « nul ».
Je peux échouer sans être un échec.
Et peut-être que c’est finalement cela, l’un des objectifs les plus intéressants lorsqu’on travaille sur l’estime de soi : apprendre progressivement à reconnaître sa valeur, indépendamment de ses performances, tout en développant la confiance nécessaire pour oser agir, expérimenter et apprendre.
Comprendre la différence entre estime de soi et confiance en soi, c’est déjà une première étape pour mieux comprendre ce qui se joue pour vous.
Si vous souhaitez poursuivre cette réflexion, je vous invite à découvrir mon approche. Et si vous avez envie d’être accompagné(e) dans ce cheminement, vous pouvez également me contacter.
Rédigé par Flora Weng, psychopraticienne certifiée en thérapie comportementale et cognitive (TCC), spécialisée dans l’accompagnement de l’anxiété, de l’estime de soi et de la confiance en soi. Consultations en ligne.
