L’estime de soi : qu’est-ce que c’est vraiment ?
L’estime de soi, c’est un peu comme le « bien-être » : on en entend parler partout et tout le monde semble avoir son petit conseil pour l’améliorer.
Sur les réseaux sociaux, en librairie, dans les podcasts… difficile d’y échapper. Entre « Les 5 clés pour booster son estime de soi », « Deviens la meilleure version de toi-même » ou encore « Apprenez enfin à vous aimer en 21 jours », on pourrait presque croire qu’une bonne estime de soi se trouve au rayon développement personnel, quelque part entre deux livres.
Et pourtant…
Si je vous demande : « Mais au fait, c’est quoi exactement, avoir une bonne estime de soi ? », il y a de fortes chances que vous hésitiez quelques secondes… avant peut-être de répondre : « Bah… c’est la même chose que la confiance en soi, non ? »
Et justement, pas tout à fait ! L’estime de soi et la confiance en soi sont deux notions différentes, même si elles sont étroitement liées. Je vous explique la différence entre les deux dans cet article.
Mais alors concrètement, qu’est-ce que cela veut dire ?
Est-ce s’aimer en toutes circonstances ? Ne plus jamais douter ? Se regarder dans le miroir en se disant que l’on est absolument formidable ?
Spoiler : non.
Alors, reprenons depuis le début.
Alors, c’est quoi exactement, l’estime de soi ?
À force de voir sur les réseaux sociaux des personnes qui semblent avoir tout pour elles — corps parfaitement sculpté, voyages paradisiaques, carrière épanouie, vie sociale bien remplie… — on peut facilement finir par croire que pour avoir une bonne estime de soi, il faudrait être un peu… exceptionnel : avoir de nombreuses qualités, réussir ce que l’on entreprend, ne pas trop se tromper…
Mais moldus que nous sommes, entre le travail, les courses, les lessives et les mails auxquels on n’a toujours pas répondu, nous n’avons clairement pas le temps de nous consacrer à notre propre fan-club.
Heureusement, l’estime de soi correspond en réalité à la valeur que nous nous accordons en tant que personne.
Elle ne repose pas uniquement sur nos qualités et nos réussites. Elle inclut aussi nos défauts, nos erreurs, nos complexes et nos échecs.
Avoir une bonne estime de soi signifie surtout pouvoir reconnaître sa valeur même lorsque tout ne se passe pas comme prévu.
Une personne qui a une bonne estime d’elle-même peut tout à fait se dire : 💭 « Là, je me suis trompé(e) » ou : 💭 « Je n’aime pas particulièrement cette partie de mon corps ».
La différence se trouve dans ce qu’elle va en conclure.
Elle ne transformera pas nécessairement un échec en preuve qu’elle est « nulle », ni un complexe en vérité générale sur sa personne.
Elle est capable de regarder l’ensemble du tableau, plutôt que de faire un gros plan sur la seule partie qui ne lui plaît pas.
Quand l’estime de soi vacille
À l’inverse, lorsque l’estime de soi est fragile, nous pouvons avoir tendance à accorder davantage d’importance aux informations qui confirment l’image négative que nous avons de nous-mêmes.
Cela peut notamment se traduire par deux mécanismes :
Nous minimisons nos réussites
« Ce n’est pas grand-chose »
« J’ai simplement eu de la chance »
« N’importe qui aurait pu le faire… »
Nous maximisons nos échecs.
« Je suis vraiment nul(le) »
« Je ne suis pas capable »
« Je rate toujours tout. »
Autrement dit, la réussite devient un coup de chance, tandis que l’échec devient la preuve qu’il y aurait quelque chose qui ne va pas chez soi.
Pas vraiment le meilleur système pour entretenir une bonne estime de soi…
L’estime de soi dans nos relations
L’estime de soi ne concerne pas seulement la manière dont nous nous percevons. Elle peut également influencer notre façon d’être avec les autres.
Lorsque l’on doute de sa propre valeur, certaines situations du quotidien peuvent devenir particulièrement compliquées.
Poser ses limites, par exemple. On peut avoir tendance à penser que nos besoins sont moins importants que ceux des autres et préférer dire « oui » plutôt que de prendre le risque de déplaire ou de provoquer un conflit.
Demander de l’aide peut également devenir difficile. Si l’on associe le fait de demander de l’aide à un manque de compétence — « Si je demande, on va penser que je ne suis pas capable de me débrouiller seul(e) » — on peut finir par vouloir tout gérer soi-même… jusqu’à l’épuisement.
Enfin, on peut avoir tendance à contrôler son image et à ne pas être complètement soi-même, par peur d’être jugé(e), critiqué(e) ou de ne pas être à la hauteur.
Et cela peut parfois donner lieu à des situations… légèrement cocasses.
Imaginez : vous êtes avec des amis ou des collègues et quelqu’un commence à parler d’un sujet auquel vous ne connaissez absolument rien.
Plutôt que d’assumer tranquillement :
« Je n’y connais rien », vous hochez la tête d’un air entendu. Histoire de ne surtout pas passer pour un idiot.
Jusque-là, tout va bien.
Vous avez même plutôt bien joué votre rôle.
Jusqu’au moment où votre interlocuteur se tourne vers vous et demande :
« Et toi, toi tu en penses quoi ? »
Alerte rouge.
Votre cerveau cherche désespérément une information quelconque sur le sujet. Vous bafouillez. Vous fixez votre verre avec beaucoup trop d’attention.
Dans le meilleur des cas, vous improvisez une réponse suffisamment vague pour vous en sortir.
Dans le pire des cas, il faut se résoudre à révéler l’inavouable :
« Je n’y connais absolument rien. »
Et finalement, ce n’est peut-être pas si grave. Nous ne sommes pas censés être experts de tous les sujets du monde.
Quand la peur du regard des autres prend trop de place
La peur du regard des autres peut d’ailleurs nous jouer quelques tours.
Nous avons souvent tendance à surestimer l’attention que les autres portent à notre apparence et à notre comportement.
Prenons ce fameux bouton qui décide justement de faire son apparition le matin où vous avez une réunion importante ou une soirée bien habillée prévue le soir même.
Dans votre tête, c’est évident : tout le monde va le remarquer.
Vos collègues vont le voir. Vos amis vont le voir. Et même les parfaits inconnus que vous allez croiser dans la rue vont probablement le voir.
Bref, ce bouton vient de devenir l’événement de la journée.
Sauf qu’en réalité, la plupart des personnes ne le remarqueront probablement même pas.
Et celles qui le remarqueront sont peut-être elles-mêmes trop occupées à se demander si leur coiffure est bizarre, si leur pantalon leur va bien ou si leur bouton de chemise ne va pas lâcher.
Pendant que nous pensons tous être au centre de l’attention, les autres sont souvent bien trop occupés à se demander ce que les autres pensent d’eux.
De quoi relativiser un peu ce fameux regard des autres.
Quand l’estime de soi nourrit l’anxiété
Vous l’avez peut-être remarqué en lisant les exemples précédents : lorsque l’on doute de sa propre valeur, certaines situations du quotidien peuvent devenir particulièrement stressantes.
La peur de se tromper, de décevoir, de ne pas être à la hauteur ou d’être jugé(e) peut nous amener à anticiper constamment ce qui pourrait mal se passer.
💭 « Et si je me trompe ? »
💭 « Et s’ils pensent que je suis incapable ? »
💭 « Et si je fais mauvaise impression ? »
À force de vouloir éviter l’erreur, le rejet ou le jugement des autres, notre cerveau peut finir par fonctionner en mode surveillance permanente : on analyse, on anticipe, on cherche à se rassurer… et on imagine parfois tous les scénarios possibles avant même que la situation ne se produise.
C’est ainsi qu’une faible estime de soi peut parfois alimenter l’anxiété.
Et le mécanisme peut fonctionner dans les deux sens : plus on est anxieux, plus on peut avoir tendance à douter de soi, à éviter certaines situations ou à rechercher la réassurance des autres. Ces comportements peuvent alors renforcer l’idée que l’on n’est pas capable de faire face seul(e).
La bonne nouvelle, c’est que ce cercle n’est pas une fatalité. En comprenant mieux les mécanismes qui entretiennent l’anxiété et le manque d’estime de soi, il devient possible d’apprendre progressivement à les modifier.
Un premier pas pour renforcer son estime de soi
Nous arrivons à la fin de cet article, et vous l’aurez compris : lorsque l’estime de soi est fragile, nous pouvons avoir tendance à être beaucoup plus durs avec nous-mêmes qu’avec les autres.
Parfois même, cela fait tellement longtemps que nous nous parlons de cette manière que nous ne remarquons plus vraiment à quel point notre petite voix intérieure peut être sévère.
Pour les autres, nous sommes souvent beaucoup plus indulgents.
Un ami renverse son verre ?
« Ça arrive ! »
Il se trompe au travail ?
« Ce n’est pas grave, tout le monde fait des erreurs. »
Nous sommes généralement capables de trouver les bons mots pour rassurer les autres.
Mais lorsqu’il s’agit de nous-mêmes, c’est parfois une tout autre histoire…
Un verre renversé peut soudain devenir la preuve que nous sommes maladroits, une erreur au travail, la preuve que nous sommes incapables, et un échec que nous ne sommes décidément « pas à la hauteur ».
Notre meilleur ami intérieur aurait donc encore quelques progrès à faire.
Alors, la prochaine fois que vous vous surprenez à vous dévaloriser après une erreur, un échec ou une situation qui ne s’est pas passée comme prévu, essayez de vous poser cette question :
« Si mon/ma meilleur(e) ami(e) était dans la même situation, qu’est-ce que je lui dirais ? »
Et surtout :
« Est-ce que je lui parlerais comme je viens de me parler ? »
Si la réponse est non, prenez quelques instants pour essayer de reformuler votre discou
L’objectif n’est pas de passer de « Je suis nul(le) » à « Je suis absolument formidable et tout ce que je fais est merveilleux ».
Il s’agit plutôt d’apprendre à porter sur soi un regard plus juste et plus nuancé : reconnaître ses erreurs sans en faire une définition de soi, accepter ses imperfections sans en tirer de grandes conclusions sur sa valeur.
Et si cette petite voix critique est devenue tellement automatique qu’elle influence votre manière de penser, vos relations ou vos choix, un accompagnement peut vous aider à mieux comprendre ces mécanismes et à apprendre progressivement à porter sur vous un regard plus juste et plus bienveillant
Rédigé par Flora Weng, psychopraticienne certifiée en thérapie comportementale et cognitive (TCC), spécialisée dans l’accompagnement de l’anxiété, de l’estime de soi et de la confiance en soi. Consultations en ligne.
